LETTRE OUVERTE À MMES ET MM. LES MAIRES DE FRANCE À PROPOS DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE MENÉE EN FRANCE
A l'initiative de l'Association CO.U.R.R.I.E.L.* – 17 octobre 2025
LA POLITIQUE LINGUISTIQUE d'E. MACRON et de l’UE livre la langue française et la Francophonie aux prédations mortelles du tout-anglais "transatlantique".
Madame, Monsieur le Maire, cher(e) concitoyen(ne),
Qui croirait encore, à voir le nombre d'enseignes, de publicités et de slogans en anglais qui saturent l'espace public, parfois à l'instigation de décideurs privés ou publics dénués de civisme linguistique, que "la langue de la République est le français" (article II-a de la Constitution), ou encore qu'il existe une Loi Toubon, unanimement votée par l'Assemblée nationale (4 août 1994) ? Cette loi dispose ainsi que
"dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou l'utilisation, la description et l'étendue des conditions de garanties d'un bien, d'un produit ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances, l'emploi de la langue française est obligatoire. Les mêmes dispositions s'appliquent à toute publicité écrite, parlée ou audiovisuelle".
Il faut dire que le mauvais exemple vient de haut : c’est peu dire qu’Emmanuel Macron, que sa fonction oblige théoriquement à défendre la Constitution, et qui est aussi censément le garant de l’exécution des lois, ne fait rien pour respecter ou pour faire respecter par autrui la loi Toubon qui fait du français « la langue du travail, des échanges et de l’enseignement ». Car non seulement les milieux du grand capital privilégient impunément l’anglais dans leur communication interne et externe, non seulement certaines collectivités territoriales sans honneur privilégient toutes sortes de dénominations officielles en "globish" sans que l’Etat les rappelle à la loi, mais depuis 2017, le chef de l’exécutif privilégie systématiquement l'anglais dans la dénomination des « évènements » internationaux qu'il organise sur notre sol ("One Planet Summit", "Choose France!", etc.). Pis encore, M. Macron n’a pas eu un mot, lorsqu’il lui fut donné de présider l’U.E., pour refuser le coup d’Etat linguistique perpétré par Mme von der Leyen qui a fait de l’anglais – en plein "Brexit" et alors que cette langue n’est plus l’idiome déclaré d’aucun Etat membre de l’UE ! – la langue de travail unique de la Commission, de la Cour des Comptes et de la Cour de justice européennes !
En réalité, la double mandature d’E. Macron, qui aggrave encore la situation linguistique déjà très dégradée que lui ont léguée MM. Sarkozy et Hollande, se traduit par le déclin organisé du français en France et à l'international. Non seulement le Ruanda a déclassé le français au profit de l’anglais dans son système d’enseignement, ce que sont aussi en train de faire les pays du Maghreb, non seulement la politique africaine erratique, voire néocoloniale de l’Elysée a provoqué le départ de l'O.I.F. de divers pays africains (Mali, Niger, Burkina Faso), mais Macron, le grand ami du fédéraliste canadien Justin Trudeau, refuse tout soutien aux Québécois qui tentent de protéger le français (décrété officiellement « en danger » à Québec et à Montréal) de la pression continue qu’exercent à son encontre Ottawa, Londres et Washington. Une langue française que du reste, le projet d'annexion du Canada par Trump met en danger de mort rapide en Amérique !
Comme si cela ne suffisait pas, les chaînes du « service public » audiovisuel censurent les actions et les communiqués des associations de défense du français. Ceux-ci tirent pourtant la sonnette d’alarme à propos de la politique d’américanisation linguistique de la France que mènent à l’avantage du tout-anglais, et à l’abri de toute débat contradictoire (le sujet est tabou dans nos médias !), les « élites » politiques, économiques et médiatiques de notre pays. Et cette parole qu’ils refusent aux défenseurs du français, les médias la distribuent généreusement à de pseudo-linguistes qui prétendent que notre langue se porte bien et que le problème ne serait pas sa destruction en cours mais… le « catastrophisme » de ses défenseurs… qui n’ont voix au chapitre nulle part ! Il suffit pourtant de se promener dans une avenue de ville grande ou moyenne pour constater qu’on n’en est plus aux « emprunts » à l’anglais (les « anglicismes »), mais à la substitution systématique du globish au vocabulaire français le plus courant : c'est un basculement linguistique qui est en cours sur fond d'arrachage de notre langue ! Il en va ainsi quand la Banque postale se baptise « Ma French Bank », que « SNCF » nomme ses « produits » « Ouigo », "SNCF-connect" ou « Inoui », quand de nouveaux titres de presse se nomment « So Foot » (si pied !), « Society », JD-News" ou « We demain » (un titre qui dit tout, subliminalement parlant, sur l’assassinat linguistique en cours...).
Ce linguicide du français accompagne l’alignement accru de la France sur l’ « ordre » euro-atlantiste piloté depuis Washington. Cette bascule linguistique va de pair avec le déluge de politiques néolibérales et supra-nationales qui broient les conquêtes sociales mises en place par le Front populaire, puis par le CNR: retraites par répartition, Sécu, conventions collectives, statuts, Code du travail, voire République une, laïque et indivisible héritée de la Révolution française et désormais sacrifiée à un "Etat fédéral européen" en gestation ainsi qu'à une "Europe des régions" synonyme de déclassement de l'idée même de langue nationale. En réalité, cette politique linguistique destructive entre en résonance avec l'arasement des services publics et du produire en France industriel, halieutique, artisanal et agricole.
Il faut donc défendre la langue de la République qui constitue aussi le ciment de la fraternité francophone internationale et qui sert aussi de digue mondiale à la langue, à la pensée et à la culture uniques mondiales qui menacent l'humanité d'un cataclysme culturel sans précédent. Car en quoi l'arasement de la diversité culturelle serait-il moins grave que celui de la biodiversité, du reste menacée par les mêmes forces ?
C'est pourquoi nous en appelons aux maires qui tiennent à bout de bras le "faire république" ensemble. Premiers magistrats de leur commune et références civiques de proximité pour leurs électeurs, les maires se doivent de réagir à l'arrachage linguistique en cours en sensibilisant leurs concitoyens et en faisant respecter la législation linguistique sur le territoire de leur commune.
Sûr de votre engagement civique sur ces questions, existentielles pour la République, nous vous prions de recevoir, Madame, Monsieur le Maire, nos salutations respectueuses.
Georges GASTAUD
Président exécutif association CO.U.R.R.I.E.L.
Matthieu VARNIER
Secrétaire général association CO.U.R.R.I.E.L.